L'air ce matin
est un gant dont
on a retiré la main
Un homme trempe
des mies
de pain
dans un miroir
comme dans un bol
de café blanc
«Tout filet prend les poissons
par surprise
mais lui-même
est toujours pris par un
autre filet
plus grand que lui»
ainsi disent les trous
Les astres dorment et pissent
debout
comme des chevaux rouges
C’est ce que nous dit
le miroir
qu’on mange
avec le sel
lorsqu’on le penche
vers notre bouche
et le gant dont
on a retiré la main
et le filet qui libère
son propre poisson
en agrandissant ses trous
Les étoiles sont si droites
qu’on les voient toujours alors qu’elles
n’existent plus comme les hommes
qui ont vécu debout
et dont on parle encore dans la nuit
parmi les cartes lorsqu'ils sont mort
Les filets que tiennent
les hommes sont des coutures qui entourent les trous
de tout ce qui
se dresse contre nous

Un oiseau se partage
en deux ailes
et un visage se partage
en deux yeux
et une âme
en deux armes
La montagne
toujours est enceinte
d'un enfant
dans son ventre debout
Les vêtements sur l'étendoir
déshabillent l'air
comme les livres que l'on brûle
déshabillent le feu
ou le pont qui met à nu
la rivière d’un seul coup pour l’aimer
Nous portons le mot
immobile du pain femelle
à celui qui a faim
La poésie
est une chemise
que le ciel ne veut pas repasser
même s’il est nu
Le vent disperse
ses compas dans le ventre
des oiseaux
qui nous mesurent
Nous regardons
à travers les cercles
comme si nos yeux
abandonnaient nos corps
en nous laissant
dans la solitude
à linterieur de nous